Comment écrire un scénario en 10 trucs essentiels

Comment écrire un scénario qui sera peut-être exploité un jour par des professionnels ? Nous vous présentons ici une méthode applicable à toute forme d’art, du cinéma à la BD en passant par les jeux d’aventure.

Le pouvoir de l’imagination est immense. Les plus belles histoires naissent grâce à lui et les plus sombres également. Que vous souhaitiez écrire un scénario de film, de documentaire ou de jeux vidéo, il vous faut absolument une trame à votre futur chef-d’œuvre.

Le moindre court-métrage se doit d’être bien construit pour capter l’attention du spectateur. Il ne s’agit pas de reproduire un schéma existant mais plutôt de suivre une méthodologie adaptée à la structure de la pensée. Même le projet le plus avant-gardiste utilise des clés et astuces.

Qu’est-ce-qu’un scénario ?

Le scénario est l’outil sur lequel va reposer une œuvre audiovisuelle (ou autres). Il s’agit d’un récit succinct mais clair auquel vont s’ajouter des indications visuelles destinées à être reproduites par les différents acteurs et protagonistes. Comme dans une pièce de théâtre, on y trouve des didascalies qui indiqueront les faits et gestes des personnages.



Structure d’un scénario

On admet communément trois actes dans l’élaboration d’un scénario.

Le premier acte

Il expose un état initial et présente les personnages principaux, leurs caractères, leurs aspirations et leurs regrets. L’enjeu lié à leur situation est amené subtilement. Un élément déclencheur vient bouleverser l’état initial. Le ou les personnages sont confrontés à un évènement inattendu qui met en péril leur apparente tranquillité. Une décision difficile doit être prise pour partir en quête. Tout cela n’implique pas nécessairement une grande aventure dans une contrée exotique. Le voyage peut aussi être psychologique, spirituel ou intellectuel. Cela va dépendre du genre de votre histoire. L’objectif du personnage doit clairement apparaître et sera le fil rouge du scénario.

Le deuxième acte

Ici réside l’essentiel de l’histoire. Le ou les protagonistes seront à la poursuite de l’objectif exposé dans l’acte 1. Mais il serait trop aisé qu’aucun mur ne s’érige devant eux. C’est ainsi que des obstacles conceptuels ou réels devront être franchis. L’intérêt du scénario sera profond si le personnage n’a pas les armes utiles à sa délivrance dès son état initial. La quête qu’il mène doit amener à développer des forces mentales ou physiques (voire les deux) au gré des difficultés rencontrées. On aura une forme de rite initiatique plus ou moins opaque. Le personnage doit être transformé par le passage de cet acte 2. L’échec ou le succès seront l’issue de cette longue partie.

Le troisième acte

C’est plus court, souvent intense et ça doit illustrer l’aboutissement de l’histoire. Le personnage revient dans son environnement de base mais il a changé. Sa transformation peut désormais avoir vocation à modifier cet environnement, l’améliorer ou le détruire selon l’angle d’attaque que vous avez développé.

Pourquoi écrire un scénario ?

Il existe tout un tas de bonnes raisons d’écrire un scénario. Que vous ayez l’imagination fertile ou un message à transmettre, c’est un exercice de style particulier qui jaillit de plusieurs sources. L’objectif est d’imager une histoire, de donner vie à un univers et ses personnages.

Ce savoir-faire n’est pas l’apanage des scénaristes professionnels. Dans votre vie quotidienne, vous pouvez avoir besoins de clés pour construire un bon scénario. Imaginez par exemple que vous souhaitiez en rédiger un pour un Escape Game lors de l’anniversaire d’un ami. L’immersion peut être complète si le scénario est bien ficelé et ce, même si vos éléments de décors laissent à désirer.

Nous nous adressons au novice comme aux scénariste professionnel qui peuvent subir à tout moment le redoutable syndrome de la page blanche.

Comment avoir une idée de scénario

La meilleure façon d’écrire un scénario est d’avoir quelque chose à dire. Il est difficile de forcer l’imaginaire et si rien ne vient, prenez votre temps. Un scénario forcé donnera quelque chose bâclé. Observez le monde, la moindre scène du quotidien peut déclencher chez vous l’étincelle d’une œuvre cinématographique. Une problématique profonde peut s’extraire d’un événement ordinaire comme une coupure d’eau chaude par exemple.

Dans une toute autre configuration, vous pouvez avoir un sujet qu’il vous tient à cœur de traiter, il vous faudra alors broder un univers autour du sujet pour une approche légère et fluide. Il se peut aussi que vous ayez un monde en tête mais pas d’objectif, de quête. Pensez alors à une icône que vous respectez, à son parcours. Et imaginez qu’elle évolue dans l’univers créé par votre esprit, aussi farfelu soit-il. Une autre alternative est de vous inspirer de vos objectifs personnels que vous romancerez et modifierez en conséquence. Pourquoi partir de soi ? Parce que c’est ce que vous connaissez le mieux, a priori. Parfois lorsque les idées de scénario ne montrent pas le bout de leur nez, il est intéressant de se recentrer sur soi-même, ses valeurs, principes, envies et idées.

Une chimère naîtra de votre esprit, composée de vos rêves, vos craintes et votre imagination. Il y a de fortes chances pour que ce scénario intime soit meilleur que tout ce que vous aurez imaginé en externe, même avec recul et distance. C’est à vous de déterminer les limites de votre œuvre.

Définir son scénario

Certains préconisent de trouver un titre dans un premier temps. Pourtant, cette démarche dépend de votre sensibilité. C’est parfois à la fin du scénario que le nom apparaitra comme une évidence. Il y a cependant trois choses à définir : le nombre de personnage, leur caractère et le genre de votre scénario.

S’agit-il d’un héros solitaire, d’une équipe d’enquêteurs, d’une famille recomposée ou d’un loup garou voulant lever sa malédiction ? Qu’apportent les différents personnages à l’avancée du scénario ? Evitez les personnages vides ou qui comblent des trous. Donnez de la profondeur à leurs actions aussi minimes soient-elles. Travaillez les dialogues. N’oubliez pas que le spectateur est en alerte auditive et visuelle lors de la visualisation de l’adaptation d’un scénario.

Si l’aspect visuel ne suit pas pour des raisons de budget par exemple, tout ne reposera plus que sur le dialogue. Ce dernier peut sauver des films. Bien sûr, les scénarios sans réplique existent, ils sont fréquemment utilisés dans la réalisation de court-métrage ou de documentaire animalier. Toutefois, le dialogue sera davantage visuel qu’auditif, chaque scène communiquera avec la suivante en apportant précision et dextérité. Gardez-vous donc de noyer votre histoire dans un amas de répliques vides. A part si c’est un parti pris et que ce choix témoigne d’une démarche artistique, évidemment.

S’agit-il d’une comédie, d’un drame, d’une aventure fantastique, d’un syncrétisme de tous ces genres ? Veillez à garder un équilibre et ne pas changer votre approche de manière brutale. Sauf si cela fait partie d’un plan et du style que vous aimeriez présenter. Choisissez des extraits et faites-les lire ou jouer par des personnes ignorant votre projet scénaristique. Voyez quelles émotions ont été ressenties en discutant avec ces personnes. En effet, par exemple, écrire un scénario qui fait peur n’est pas si simple que cela. Vous devez maîtriser l’art du suspense et les tensions d’un point de vue psychologique et physique. Il en est de même pour un scénario humoristique, une blague très drôle peut passer inaperçue ou faire un bide si le contexte ne s’y prête pas.

Ecrire un scénario court ou long ?

scenario

Le degré de détails de votre scénario va dépendre du niveau de liberté que vous laisserez à l’adaptation. Vous pouvez résumer les étapes de votre film en quelques lignes et en rester là comme décrire chaque scène, chaque plan, chaque séquence, le décor, les costumes, l’atmosphère, le texte et les dialogues au souffle près.

Les personnes ayant besoin de contrôler leur œuvre et une idée bien précise de ce qu’ils veulent seront moins souples et présenteront un scénario extrêmement fourni. Il est difficile voire très irritant pour certains auteurs de voir leur projet dénaturé par une ambiance différente de ce qu’ils imaginaient. Au-delà de la personnalité de l’auteur, ce type de comportement peut être lié à la proximité de l’œuvre et de l’artiste.

Sachez également que si vous écrivez le scénario d’une série, de nombreux éléments sont amenés à changer aux fils des épisodes et saisons. Il n’est donc pas nécessaire d’étoffer le scénario avec beaucoup de détails. Toutefois, il est intéressant de noter plusieurs possibilités de fin ou d’ouverture. Avec les séries, on s’approche d’un scénario d’improvisation.

Le mind mapping

Aussi appelé carte heuristique, c’est l’outil magique par excellence pour écrire un scénario de long-métrage. Il permet à la manière des enquêteurs de remonter facilement au processus de création de votre œuvre. Vous pouvez suivre d’hypothétiques embranchements qui aboutiront à telle ou telle solution.

Ainsi, chaque branche de votre carte proposera une direction différente. C’est un recours très utile lorsque l’on aime avoir le contrôle visuel rapide de la situation, une technique très avantageuse si vous avez une imagination foisonnante et envie de poser toutes les possibilités sur papier (ou écran).

Un scénario à choix multiples se dessinera peu à peu. Cela évite notamment de faire machine arrière après avoir rédigé une grande quantité de pages pour prendre une autre direction et c’est donc un gain de temps.

Le secret des bons blockbusters

Le scénario des blockbusters se base sur une seule et même structure. On parle de ficelles trop grosses lorsque ce schéma saute aux yeux. Des écueils récurrents gâchent bien trop souvent une histoire avec du potentiel. Mike Hill, qui a notamment travaillé sur Blade Runner 2049 et la série à succès Game of Thrones mais aussi sur des jeux vidéo tels qu’Horizon Zero Dawn, rappelle l’importance de la structure dites monomythe dans la conception d’un scénario. Elle est la succession de 12 étapes réparties en trois temps.

Partie 1 : Situation initiale du scénario et élément déclencheur

Monde ordinaire

Le héros (qu’il soit ordinaire, une montagne de muscles voire un antihéros) est introduit, l’accent est mis sur sa singularité. Elle sera en opposition ou en confrontation avec les événements futurs.

L’appel

Le héros est appelé à l’aventure, elle s’expose à lui comme un défi à relever.

Rejet de l’appel

Il se montre méfiant et refuse de répondre à l’appel, par crainte, fierté …

Rencontre d’un personnage soutien

Le héros rencontre un mentor, il peut être incarné par un personnage réel, fictif ou encore une idéologie. Il affronte seul ses peurs mais est encouragé par cette entité.

Partie 2 : Entrée dans l’action, développement du scénario

Entrée dans l’aventure

Le héros cède volontairement ou non et plonge dans un univers inconnu sans retour possible.

Test

Il affronte des épreuves, des situations dangereuses et/ou inhabituelles qui le mettent en difficulté.

L’ultime épreuve approche

Le héros a parcouru un certain nombre d’obstacles qui l’ont forgés, c’est maintenant le moment de braver l’ultime épreuve.

Face à l’ultime épreuve

Voilà le combat final, l’instant tant attendu et redouté. A l’issue de celui-ci, le héros aura changé.

L’élixir

Le héros a accompli sa quête, son objectif est atteint.

Partie 3 : Le grand retour

Retour semé d’embuches

Le héros retourne dans son environnement initial mais fait face à la vengeance de ceux qu’il a vaincu. Son combat continue.

Retour dans le monde ordinaire

L’objet de l’aventure, de la quête permet au héros de transformer le monde ordinaire.

Ceci est le scénario classique d’un film à grand succès tel qu’Alien, Jurassic Park ou encore Terminator. Il est très facile de construire la trame de son scénario en se basant sur cette méthodologie, que vous souhaitiez en écrire un pour un jeu vidéo, une enquête policière ou encore un thriller psychologique.

Les trois cerveaux du scénario : comment ça marche ?

L’erreur fatale de séries B, nanars et autres navets et de ne pas considérer son spectateur comme ayant plusieurs degrés de lecture. Dans le domaine scénaristique, on distingue trois zones de cerveau qui doivent être mobilisées afin d’écrire un scénario intéressant et captivant, c’est ce qu’on appelle la théorie du cerveau triunique.

Selon elle, nous disposons d’un cerveau primaire : le reptilien. Il réagit aux stimuli, à l’environnement, c’est la partie la plus ancestrale de notre esprit qui est sollicitée. Cela correspond à tous les stimuli visuels et sonores qui font que votre cœur s’emballe, par exemple : cri, coup de feu, explosion etc…

Le système limbique appuie sur vos émotions. Il est lié aux liens familiaux, aux amitiés, aux relations sociales. C’est pour cela qu’en filigrane, vous verrez souvent un couple se former dans le scénario d’un film ou une série.

Le néocortex se construit sur notre capacité à résoudre des problèmes. Il travaille sur l’intellect et l’aspect métaphorique des évènements.

Lorsque ces « trois cerveaux » sont réunis lors de l’écriture d’un scénario, tous les éléments sont réunis pour que le spectateur soit comblé. A contrario, s’il n’y a pas d’équilibre et que l’un des pôles prend le dessus sur les deux autres, le film sera sans doute médiocre ou ennuyeux.

L’importance de la symbolique dans un scénario

Qu’est-ce que votre personnage incarne ? Quel combat représente-t-il ? Qui ou que représentent ses ennemis ? Un film est destiné à être vu, compris et parfois même analysé. Si vos personnages sont des archétypes, votre film prend de la profondeur.

Dans le domaine cinématographique, on parle parfois de famille nucléaire pour évoquer les protagonistes d’une histoire. Non pas que votre scénario doit mettre en scène des membres d’une famille, loin de là. Il s’agit en réalité d’un procédé bien connu des tragédies grecques mythiques. Il faut partir du principe que la figure nourricière (mère), la figure protectrice (père) et la figure de l’homme nouveau (enfant) sont commun à toutes les sociétés humaines. Même si ce modèle devient obsolète dans nos sociétés modernes occidentales, les figures persistent sous d’autres formes et d’autres noms. Le scénario voit évoluer son personnage comme un nourrisson, les enjeux liés à la sécurité affective et matérielle enrobent le protagoniste de manière plus ou moins métaphorique.

Le domaine du symbolique est pluriel et vous pouvez l’exploiter facilement avec de bonnes références afin que le spectateur comprenne votre objectif. Exemple : Godzilla va incarner la peur et la dévastation présente dans le cœur des japonais pendant les bombardements atomiques. Ses attributs en témoignent : aucune arme ne peut l’atteindre, l’aspect de sa peau rappelle les dégâts de la bombe atomique et sa taille imposante illustre sa puissance.

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Vidéo

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